13 % du hashrate mondial de Bitcoin provenait encore de Chine en 2023, malgré une loi qui promet des sanctions sévères. Pas d’exception, pas de zone grise officielle : ici, la ligne politique est nette, mais la réalité s’invente des failles.
La réglementation frappe fort, mais le terrain chinois déborde d’ingéniosité pour contourner l’interdit. Des outils venus de l’étranger restent parfois accessibles, jouant la discrétion, tandis que des entreprises locales se battent pour trouver des solutions techniques et maintenir leur activité. Les contrôles s’intensifient, surtout sur les flux numériques, mais la réglementation avance par coups de filet, semant le doute et l’instabilité pour tous ceux qui naviguent dans ce secteur. Dans cet environnement, l’innovation ne disparaît pas, elle se fait simplement plus discrète et plus rapide pour éviter les radars.
Où en est la Chine avec les cryptomonnaies en 2024 ?
Officiellement, le ton reste le même : interdiction stricte des activités touchant aux cryptomonnaies, y compris les stablecoins. Échanger, miner, détenir à large échelle, tout est proscrit. Pourtant, derrière les déclarations, d’autres chiffres émergent. La Chine conserve 14 % du hashrate mondial de Bitcoin, reflet d’une activité clandestine qui survit, portée par l’énergie à bas coût de certaines provinces et un marché de l’ombre dynamique qui échappe encore à Pékin.
Sur le terrain des stablecoins, l’USDT est toujours roi pour les transactions à l’étranger, les règlements privés, la préservation de patrimoine. Rien n’y fait : utilisateurs, développeurs et intermédiaires redoublent d’astuces, de canaux cryptés et de relais à l’étranger pour rester dans la course.
Face à cette agitation, Pékin concentre ses efforts sur le yuan numérique, le fameux e-CNY. Incontournable sur certains paiements informatisés, c’est aujourd’hui un outil courant pour verser salaires, primes sociales ou effectuer des règlements interentreprises. L’usage fluctue toutefois énormément selon les provinces et la taille des entreprises, preuve que les habitudes mettent du temps à bouger.
Pour mieux comprendre ce paysage, on peut résumer les points forts :
- Minage de bitcoin : la Chine détient 14 % du hashrate mondial, ce qui démontre la survie du secteur dans la clandestinité.
- Stablecoins : l’USDT reste le choix principal pour les mouvements de fonds transfrontaliers, au risque de sanctions sévères.
- Yuan numérique : Pékin le propulse au centre de la digitalisation économique.
En Chine, la scène crypto s’écrit dans la tension : répression stricte, innovations discrètes, obsession d’État pour promouvoir sa propre vision de la finance numérique.
Les nouvelles régulations : entre interdiction et contrôle accru
La Banque populaire de Chine applique une politique de verrouillage serré. Son credo : aucun espace pour les initiatives privées dans la crypto, tout en musclant son contrôle sur la finance numérique. Les directives tombent, les institutions sont contraintes de tirer un trait sur les cryptomonnaies classiques ainsi que sur les stablecoins privés. Les plateformes étrangères subissent davantage de filtrage, les mouvements de capitaux sont passés au peigne fin, et les failles se referment presque aussitôt qu’elles s’ouvrent.
Autre nouveauté : la réglementation vise fermement les stablecoins adossés au yuan. Impossible de lancer le moindre jeton sans validation directe de Pékin. Même à Hong Kong, là où des initiatives innovantes se préparent, la surveillance s’exerce avec vigilance pour empêcher toute fuite vers le continent. Résultat : la circulation des cryptoactifs se referme, chaque transaction suspecte suscite une traque méthodique.
Mais la Chine expérimente prudemment la tokenisation d’actifs réels (RWA). Quelques institutions sélectionnées décrochent le droit d’émettre des tokens adossés à des actifs physiques, sous surveillance constante. L’État tente d’encadrer l’innovation, tout en préservant la prééminence de sa propre monnaie.
Les nouvelles mesures s’organisent ainsi :
- Vigilance renforcée sur chaque transaction suspecte liée à la crypto
- Contrôle strict sur les stablecoins ancrés au yuan
- Début prudent de l’émission de tokens adossés à des actifs réels, sous fort contrôle institutionnel
Sur tout le terrain de la monnaie numérique, Pékin garde la main, ajoutant une nouvelle couche de centralisation à chaque évolution technique.
Impact sur les investisseurs, entreprises et utilisateurs chinois
Le durcissement réglementaire rebat complètement les cartes pour tous les acteurs du secteur. Pour les investisseurs institutionnels, la tendance est à la fuite des capitaux hors actifs numériques bannis. Les portefeuilles se réorientent, la prudence règne, les stratégies de diversification passent par l’étranger, mais jamais ouvertement.
- Retrait rapide sur les actifs numériques désormais interdits
- Virage vers des placements sur des valeurs traditionnelles
- Montée en puissance des tentatives offshore, toujours sous haute discrétion
Ce coup de frein domestique a poussé une partie des professionnels à lorgner vers Hong Kong ou Singapour, où la réglementation reste plus stable. Même les géants de la tech, tels Ant Group ou JD.com, ont mis en pause leurs projets concernant les stablecoins et limitent désormais toute initiative visible. Les ambitions internationales rétrécissent, de nombreux experts changent de secteur, et la parole publique sur le sujet devient rare et calibrée.
Côté usagers, la prudence dicte les comportements. Les canaux officiels prennent la main, le e-CNY devient la nouvelle norme légale pour les paiements quotidiens ou les salaires. L’écosystème centralisé progresse, la confiance, elle, reste à gagner totalement.
- Utilisation accrue des solutions agréées par l’État
- Adoption du yuan numérique pour les paiements autorisés
Pour le minage de Bitcoin, la page n’est pas tournée. Malgré l’interdiction, l’activité se poursuit dans l’ombre, surtout là où l’énergie coûte peu, dans des provinces reculées. Le risque est réel : saisie brutale du matériel, coupures, poursuites. Mais la rentabilité attire toujours une poignée d’acteurs, prêts à se faufiler entre les mailles du filet.
Parallèlement, entreprises et particuliers réussissent à utiliser des stablecoins, notamment l’USDT, pour des opérations à l’international ou la gestion de fonds hors du territoire. L’accès ne tient qu’à un fil : sécurité renforcée, anonymat indispensable, pression juridique constante. Dans ce contexte, l’innovation se poursuit, avec la prudence pour boussole.
Comparaison internationale : la Chine face aux autres grandes puissances
La position chinoise s’affiche sans nuance : bannissement des cryptomonnaies, verrouillage des stablecoins et référence absolue au yuan numérique. Ce choix crée un contraste marqué avec les politiques des autres grands pôles économiques. À Hong Kong, le cadre s’assouplit sur les stablecoins, mais le territoire verrouille l’accès aux habitants de Chine continentale. Des licences sont attribuées avec parcimonie à quelques institutions jugées fiables, mais la frontière reste étanche.
En Europe ou aux États-Unis, la surveillance est renforcée, mais l’interdiction pure et simple n’est pas la règle. Les plateformes et projets de stablecoins opèrent sur des marchés aux contours réglementaires mouvants, mais où l’innovation subsiste.
La Russie, quant à elle, déploie une ligne ambivalente :
- Tests ciblés sur la tokenisation d’actifs physiques
- Restrictions ponctuelles sur l’achat ou la détention de cryptomonnaies par les particuliers
À Singapour, l’ouverture se conjugue avec des exigences strictes de conformité et une lutte ouverte contre le blanchiment : le pays attire, mais vérifie, trie, surveille.
Panorama rapide
Pour résumer, voici où se situent les principaux acteurs :
- Chine : bannissement, centralisation, appui total au yuan numérique.
- Hong Kong : ouverture limitée, cadre précis pour les stablecoins.
- États-Unis/Europe : supervision, adaptation progressive.
- Singapour : accueil encadré et réglementé.
La Chine trace sa propre voie : contrôle maximal et expérimentation sous vigilance parentale, là où d’autres grands pays préfèrent façonner, parfois tâtonner, dans un cadre mouvant. L’avenir dira si la verticalité du modèle chinois saura s’imposer ou si la souplesse des autres finira par capter la dynamique des actifs numériques mondiaux.


